Au Coeur de l'origine

Publié le par Fabrice

Au Coeur de l'origine
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La Coste du Rosne

Frontière entre le Royaume de France et le Saint Empire Romain Germanique, le Rhône n’avait qu’une seule rive française que l’on nommait  « La Côte du Rhône ».

Sous l'ancien régime, le terme même de "Côte du Rhône" était employé pour designer la rive droite du Rhône plutôt que les  collines calcaires qui le bordent, il servi très tôt à designer la «Baylie basse d'Uzès» ensemble composé des deux vigueries Bagnols et Roquemaure.


Son usage fut d'abord militaire: il s'agisait de spécifier la région  frontalière, qui fesait face au conglomérat de terres étrangères que constituait la Principauté d’Orange, le Comtat Venaissin et la Cité des Papes : Avignon.
 

On le trouve employé dans ce sens en 1710 et en 1721 :Il y a alors « Un Commandant pour le Roy sur la Coste du Rosne ».

C'est le grand froid de 1709 qui, en détruisant la plus grande partie du vignoble Français tout en épargnant partiellement celui du Midi, provoqua le premier grand essor de la Côte du Rhône bien placée en bordure du fleuve pour expédier ses vins vers le Nord.

La zone de production des vins de la Côte du Rhône était parfaitement délimitée :

« Cette contrée comprend dans deux lieues de longueur sur le bord du Rhône et une lieue du côté du couchant, les lieux de Roquemaure, Montfaucon, Saint Génies, Saint Laurent, Lirac, Tavel, Orsan, Laudun, Jusclan, Codolet  … » est-il précisé dans le règlement du jaugeage des futailles fabriquées à Roquemaure.


Une des premières mesures prise par les consuls de nos villages fut d’interdire l’introduction de tout vin étranger sur le territoire. Toutes les communes de la Côte du Rhône prirent les mêmes mesures.


Les consuls veillaient scrupuleusement à l’application de l’arrêté du Conseil d’Etat du 5 juin 1731 qui interdisait :


« De faire de nouvelles plantations de vignes dans l’étendue des provinces et généralités du Royaume et de rétablir sans permission expresse de sa Majesté celles qui auraient été deux ans sans être cultivées, à peine contre chaque contrevenant de 3000 livres d’amende… »


Ils fixaient également chaque année l’époque des vendanges, après inspection du territoire et l’avis des principaux habitants. Quiconque cueillait les raisins avant le terme prescrit pouvait être condamné à une forte amende en faveur de l‘Hôpital, ainsi qu'a la confiscation de sa récolte et même à voir ses cornues brûlées en place publique.


Ces quelques mesures témoignent de la féroce volonté de nos anciens de produire un vin de qualité et d’origine incontestable.
Afin de mieux affirmer encore l’authenticité d’origine des vins de la Côte du Rhône, ces derniers étaient embarqués dans des futailles qui se signalaient par une contenance particulière règlementée par un arrêté du 27 septembre 1729.


Ces futs avaient la capacité de trois quart de muid (environ 228 litres) qui signalaient sans équivoque leur provenance.


Les consuls de tous les villages de la Côte du Rhône s’opposeront très énergiquement à l’ordonnance du 4 août 1731 prise par l'Intendant du Languedoc qui souhaitait ramener toutes les futailles de la province à une jauge commune : la jauge de Bordeaux.
Cette mesure fut dénoncée comme contraire aux usages commerciaux établis par nos consuls réfutant que :


« La plus grande partie de nos vins se fait par la montée du Rhône et pour des pays où les contenances déterminées par l’arrêt ne sauraient convenir ».

Transport sur le Rhône

On formait des trains de cinq à six embarcations halées par des équipages de 20 ou 30 et même 40 bœufs ou chevaux, gouvernés par une trentaine de mariniers et de charretiers sous les ordres d'un "patron".

De telles expéditions dépendaient totalement de l’état du Fleuve.
Lorsque les eaux étaient favorables «en eaux marchandes»: La descente de Lyon à Arles demandait de 2 à 3 jours à la moyenne de 2 à 3 lieues à l’heure.

La remonte halée prenait 20 jours.
Avec près de 2000 chevaux par jour aux plus beaux temps de cette batellerie sur le Rhône, on imagine aisément l’animation sur les ports et dans les villes mais les conditions favorables à cette navigation étaient rares, n’excédant pas trois mois par an, de décembre à avril.


Les marchands venaient de Paris, de la Bourgogne, de la Flandre, de la Hollande et d’autres pays étrangers faire les achats de vins dans la Côte du Rhône.

L’attitude des consuls qui pratiquaient en quelque sorte une politique de production de vins d’origine contrôlée avant la lettre était certes courageuse, mais particulièrement risquée.

L’article VII de l’ordonnance du 4 août 1731 précisait en effet :

« Les tonneaux qui seront exposés en vente ou autrement mis dans le commerce, sans être conformes au sus dit arrêt et à notre présente ordonnance, seront saisis et confisqués et celui sur qui la saisie aura été faite sera condamné, savoir, a cent livres d’amende pour chaque tonneau de vin et pour chaque contravention… ».


Ces dispositions ne firent qu’accroitre la détermination des Consuls, plus déterminés que jamais à obtenir pour les vins de la Côte du Rhône une reconnaissance d’origine.


Sans rien céder sur la capacité des futailles définie dans l’arrêt du 4 août 1731, le Conseil d’état prit en 1737, sur proposition des dits consuls, la décision de faire apposer les trois lettres C.D.R. signifiant « Côte du Rhône » sur un des fonds des tonneaux avec le millésime de la récolte pour :

« Roquemaure, Tavel, Lirac, Saint Laurent, Saint Géniès, Orsan, Codolet et quelques autres qui sont d’une qualité supérieure »

.
En conséquence, si à l'origine, le terme «Côte du Rhône» était le nom d’une circonscription administrative, ce fut vite aussi une appellation d’origine au sens ou nous l’entendons aujourd’hui.


Cette détermination des consuls fit la fortune de la viguerie

En 1752, J.B Grangent, inspecteur des vins et eaux de vie écrivait :

« Nos vins sont les plus recherchés et les plus chers sont ceux de la Côte du Rhône. Les territoires d’Orsan et de Saint Géniès, fournissent à la Bourgogne de quoi doubler ses récoltes les plus renommées ; ensuite sont ceux de Tavel, de Lirac, de Roquemaure, de Laudun, et de Codolet ».
 

Embarqués pour une part à Codolet  ces vins gagnaient effectivement la Bourgogne, dont souvent ils prenaient l’appellation, mais aussi Paris ou l’Angleterre et la Hollande.
Mais le Rhône, faute d’entretien devient de plus en plus impraticable et dès 1829, les ports deviennent inaccessible et les embarquements  difficiles.


Les quelques travaux d’entretien ont été balayés par la tragique inondation de 1840 considérée comme « l’évènement météorologique et hydrologique le plus grandiose et le plus déconcertant qui se soit jamais produit dans le bassin du Rhône »

Et en  1842, un premier témoignage de l’extension de l’appellation « Côte du Rhône » hors des limites de notre département du Gard apparait dans l’ouvrage d’ Hector Rivoire : « Statistiques du Gard ».

Dès 1864, l’emploi du pluriel s’ajoute pour la première fois à l’extension territoriale de la « Côte du Rhône »:
« Toutes les Côtes du Rhône ; très accidentées, et les vastes plateaux qui les surmontent offrent de très bons vignobles depuis Saint Gilles, jusqu’à Beaucaire, Aramon, Villeneuve, Roquemaure, Bagnols, Pont Saint Esprit… »

La confusion est introduite, le mécanisme est très simple.

La fin de la batellerie sur le Rhône a effacé toute référence historique à la Côte du Rhône (ou rive droite du Rhône).


Les régions voisines du Comtat, du Vivarais et du Dauphiné en profitent à la faveur d’un utile contresens.
C’est ainsi qu’apparaissent des vins des « Coteaux du Rhône » et les «Côtes du Rhône».

Sur le fleuve, le village de Codolet occupait un emplacement particulièrement favorable à l’implantation d’un port ; un port dont l’origine se perd dans la nuit des temps.

Celui-ci était un des plus importants, après celui de Roquemaure, dans  la viguerie de la Côte du Rhône. Par lui transitaient tous les embarquements des vins et autres denrées.

Dès lors, on profite de la confusion de sens qui facilite la transformation d’un singulier en pluriel et on oublie les droits de la viguerie de « La Côte du Rhône » : le Berceau Historique de l'Appellation.


Publié dans De la Côte du Rhône

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