La traversée du Rhône par Hannibal.

Publié le par Fabrice


hannibal


Au printemps de l'année 218 av J.-C. Hannibal commence sa marche sur Rome en traversant le Rhône.

Nous avons, par Polybe et Tite Live, de magnifiques descriptions de la traversée du Rhône ; ils nous expliquent comment les éléphants ont été transbordés sur des radeaux, comment les soldats ont nagé, couchés sur leurs boucliers, mettant leur paquetage à l'abri dans des outres. C'est clair, c'est précis, c'est réaliste.

Déjà tout était à peu près disposé pour le passage ; mais on voyait avec effroi toute la rive opposée couverte de guerriers et de chevaux. Afin de les en déloger, Hannibal détache, à la première veille de la nuit, Hannon, fils de Bomilcar, avec un corps de troupes, la plupart espagnoles : il devra remonter le fleuve pendant un jour entier ; dès qu'il lui sera possible, le traverser dans le plus grand secret, et tourner l'ennemi, de façon à tomber, lorsqu'il en sera temps, sur son arrière-garde.

Les Gaulois qu'on lui a donnés pour guides lui apprennent qu'à environ vingt-cinq milles au-dessus, le Rhône se partage pour former une petite île, et que là, plus large et partant moins profond, il peut offrir un passage. Là, on s'empressa d'abattre du bois, de construire des radeaux pour le transport des hommes, des chevaux et des bagages. Les Espagnols, sans aucun apprêt, jetèrent leurs vêtements sur des outres, se placèrent eux-mêmes sur leurs boucliers et traversèrent le fleuve. Le reste de l'armée passa sur des radeaux que l'on avait joints, et vint camper près du fleuve. La marche nocturne et les travaux du jour l'avaient fatiguée ; elle prend vingt-quatre heures de repos : Hannon avait à cœur de suivre ponctuellement les instructions d'Hannibal.

Le lendemain, il se met en marche, et des feux allumés annoncent qu'il a effectué le passage, et qu'il se trouve assez près des Volsques. À cette vue, Hannibal, pour profiter de la circonstance, donne le signal de l'embarquement. Déjà l'infanterie avait ses canots prêts et disposés. Les cavaliers montaient les plus fortes barques, et conduisaient près d'eux leurs chevaux à la nage : ainsi rangés en première ligne, ils rompaient d'abord l'impétuosité du courant, et rendaient la traversée facile aux esquifs qui venaient après eux. La majeure partie des chevaux, conduite avec une courroie, du haut de la poupe, traversait à la nage ; l'on avait embarqué les autres sellés et bridés, pour servir à l'instant même où l'on aborderait.

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Les Gaulois accourent sur le rivage avec des hurlements confus et leur chant de guerre, agitant leurs boucliers au-dessus de leurs têtes, et brandissant leurs javelots : cependant, de leur côté, ils éprouvaient de la crainte à la vue de cette prodigieuse quantité de bâtiments contre lesquels le Rhône se brisait avec fracas ; ils étaient frappés des cris multipliés des matelots et des soldats qui s'efforçaient de rompre le courant du fleuve, ou qui, parvenus à l'autre bord, animaient leurs compagnons encore au milieu des eaux.

À l'instant où l'appareil terrible qui se déploie à leurs regards les glace d'épouvante, un cri plus formidable se fait entendre derrière eux; Hannon a pris leur camp. Bientôt il paraît lui-même, et les Gaulois sont exposés à un double péril : ici, les vaisseaux vomissent à terre des flots d'ennemis ; derrière eux, une armée nouvelle les harcèle à l'improviste. En vain ils veulent opposer de la résistance ; repoussés sur tous les points, ils s'élancent par les issues qu'ils ont pu trouver, et pleins d'effroi, se dispersent çà et là dans leurs bourgades. Hannibal fait aborder à loisir le reste de ses troupes ; il méprise désormais ses tumultueux ennemis, et assoit son camp.

On employa divers moyens pour passer les éléphants ; ce qu'il y a de certain, c'est qu'ici les historiens varient beaucoup. Quelques-uns prétendent qu'à l'instant où les éléphants étaient rassemblés sur la rive, le plus furieux de ces animaux, irrité par son cornac qui se jeta à la nage, comme pour éviter sa colère, s'élança à sa poursuite, et attira ainsi le reste de la troupe ; et qu'à mesure que chacun d'eux perdit pied, il fut, malgré sa frayeur pour les eaux profondes, entraîné à l'autre bord par le courant même.

Toutefois il paraît plus constant qu'on les fit passer sur des radeaux; c'était le parti le plus sûr, et il est probable qu'on le prit effectivement. Un radeau de deux cents pieds de long, sur cinquante de large, partait du rivage et s'avançait dans le fleuve : pour qu'il ne fût point emporté par le courant, plusieurs câbles très forts le fixèrent à la partie supérieure de la rive; on le couvrit de terre, et l'on en fit une espèce de pont, qui présentait une surface immobile, afin que les éléphants pussent y marcher hardiment. Un autre radeau de même largeur, long de cent pieds, destiné à traverser le fleuve fut joint au premier ; et lorsque les éléphants, précédés de leurs femelles, étaient passés du radeau qui leur offrait la solidité d'une véritable route, sur celui qui s'y trouvait attaché, aussitôt on rompait les faibles liens qui retenaient celui-ci, et quelques vaisseaux légers l'entraînaient vers l'autre bord : ainsi l'on débarqua les premiers éléphants, et successivement toute leur troupe.

Ils n'éprouvaient aucune frayeur, tant qu'ils étaient sur cette sorte de pont assez ferme ; mais ils commençaient à témoigner de la crainte lorsqu'on détachait le second radeau qui les entraînait au milieu du fleuve. Alors ils se serraient les uns contre les autres ; et, comme ceux qui étaient aux deux extrémités reculaient à la vue des flots, il y avait quelques moments d'agitation que la peur même apaisait bientôt, alors qu'ils se voyaient environnés d'eau de toutes parts. Quelques-uns cependant se laissèrent tomber à force de se débattre, et renversèrent leurs cornacs ; mais leur masse même les soutint : peu à peu ils trouvèrent pied, et finirent par gagner la terre.

Mais où cela a-t-il eu lieu ?

«De cette élévation d'un accès facile, jusqu'au Rhône qu'on découvre, est une plaine rase et unie ; les bords du fleuve sans escarpement ; les rivages opposés sans obstacles, et une campagne immense où aucune embuscade ne peut être tendue, où l'armée peut se déployer et combattre, si les peuples de la rive gauche veulent disputer l'entrée de leur pays.

Il n'en reste pas moins très probable que, dans la nécessité de faire rafraîchir ses troupes, aucun endroit sur la Côte du Rhône n'offrait à Hannibal autant de facilité et de sûreté que cette éminence.

La sureté de cette position reposait principalement cette superbe montagne appelée vulgairement le Camp de César; qui présente un magnifique plateau, naturellement fortifié de tous les côtés, et dont Hannibal dut s'emparer.

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C'est de ce plateau si élevé, où l'on a trouvé diverses médailles, des lances, des boucliers, des inscriptions Romaines, qu'Hannibal, portant ses regards sur le fleuve du Rhône, dut déterminer le point de son passage.

De-là, il lui était facile d'apercevoir le camp des Volces, placé sur les bords opposés, et, embrassant toutes les positions d'un seul regard, il conçut alors le projet d'opérer une diversion parmi les ennemis, au moment où il traverserait le fleuve.

Mais, quel fut le point qui, sur les bords du Rhône, réunissait toutes les convenances afin de déterminer Hannibal à le choisir pour son passage ?

Ce point ne peut être autre que l'ancien passage de Codolet, situé à une lieue au-dessus de Roquemaure, presque en face de Caderousse, et un peu au dessous d'Orange.

C'est par là que les Volces qui habitaient à l'orient du fleuve, et leurs alliés communiquaient avec ceux de la rive droite. "Colunt aulern circà utramque Ripant Rhodani", dit Tite-Live.

Ces peuples, qui avaient une origine commune, avaient entr'eux des relations fréquentes et habituelles, et rien ne le prouve mieux que l'empressement et la confiance avec laquelle ceux de cette partie furent se réunir aux autres, aux approches d'Hannibal.

Strabon, Géographie, IV, 1, 12 :

"De l'autre côté du fleuve, ce sont les Volces qui occupent la plus grande partie du pays, les Volces dits Arécomisques.

Les Volces touchent au Rhône et voient s'étendre en face d'eux, sur la rive opposée, les possessions des Salyens et des Cavares, disons mieux, des Cavares seuls, car le nom de ce peuple l'a emporté sur tous les autres, et l'on commence à ne plus appeler autrement les Barbares de cette rive, lesquels d'ailleurs ne sont plus, à proprement parler, des Barbares, vu qu'ils tendent de plus en plus à prendre la physionomie romaine, adoptant tous la langue, les mœurs, voire même quelques-uns les institutions des Romains.

La métropole des Arécomisques, Nemausus ( Nîmes ), est une cité considérable. Elle a en effet dans sa dépendance vingt-quatre bourgs, tous extrêmement populeux, et dont les habitants, unis aux siens par le sang, diminuent naturellement par leurs contributions les charges qui pèsent sur elle.

La ville de Nemausus est située sur la route même qui conduit d'Ibérie en Italie, mais cette route, excellente l'été, est toute fangeuse en hiver, voire au printemps ; il lui arrive même quelquefois d'être tout entière envahie et coupée par les eaux.

Sans doute on peut passer quelques-uns des fleuves qu'on rencontre à l'aide de bacs ou de ponts, bâtis, soit en bois, soit en pierre, mais la grande difficulté consiste dans le passage des torrents : or, il n'est pas rare de voir, jusqu'à l'entrée de l'été, descendre de la chaîne des Alpes de ces torrents que produit la fonte des neiges.

La route en question a deux branches, l'une qui va droit aux Alpes en traversant le territoire des Vocontiens et l'autre qui longe la côte appartenant aux Massaliotes: celle-ci est, à la vérité, plus longue, mais les cols qu'elle a à franchir pour entrer en Italie sont plus faciles, parce qu'en cet endroit les montagnes commencent à s'abaisser sensiblement.

Ajoutons que Nemausus se trouve à 100 stades environ de la rive droite du Rhône…

Si cet ancien passage est aujourd'hui peu fréquenté, c'est en partie à la construction du Pont St-Esprit et de celui d'Avignon qu'il faut attribuer sa désertion; mais, dans ces temps reculés, les îles de Codolet étaient le point de réunion des bateaux ou canots qui servaient aux communications respectives des deux rives.

Hannibal dut, par conséquent, préférer ce passage, comme étant plus connu et dès-lors, moins dangereux : s'il fût descendu plus bas, il se serait engagé dans la plaine marécageuse de Roquemaure, qui, à la moindre inondation, est toujours couverte d'eau.

Il n'était point d'ailleurs naturel qu'Hannibal descendît, alors qu'il avait intérêt de remonter le fleuve, pour éviter d'être atteint par l'armée de Scipion partit à sa rencontre.

Il trouvait donc dans la plaine de Codolet tous les avantages qu'il pouvait désirer ; des bords aisés et exempts d'embuscades; une plaine immense en débarquant ; et par conséquent l'avantage précieux de pouvoir développer sa cavalerie, en abordant sur la rive opposée. »

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Une autre circonstance qui donne un grand poids à cette opinion, c'est la parfaite correspondance du point qu'il indique avec la double distance de la mer et de l'embouchure de l'Isère dans le Rhône, assignée par Polybe, à celui où il dit qu'eut lieu le passage. Le bac de Codolet est en effet également éloigné de ces deux points.

Nouvelles lumières à l'appui de cette hypothèse dans les circonstances du passage d'Hannon, le lieutenant d'Hannibal. 

« Il eut ordre, de remonter le fleuve, de le traverser à l'endroit le plus propice, de tourner les ennemis rassemblés sur la rive gauche, afin d'opérer une diversion favorable.

Il est presqu' impossible, à quiconque connaît la situation de la ville de Pont-St-Esprit, de ne point y fixer le point du passage du lieutenant d'Hannibal, d'après la tradition invariablement conservée, les descriptions données par Polybe et Tite-Live.

Nous pouvons dire que le St-Esprit fut, dans les temps les plus reculés , le point de communication entre les Allobroges, les Volces Arécomiques , les Helviens et plusieurs autres peuples; que ces communications préexistantes au passage d'Hannibal, avaient amené la construction d'un chemin qui prenait naissance au St-Esprit même ; se dirigeait sur le couchant et continuait du côté d'Uzés et de Nîmes.

Peut-être même, était-ce là qu'aboutissait le chemin dont parle Polybe, qui conduisait depuis Ampurias, en Espagne, jusqu'au bord du Rhône : chemin qui existait avant la conquête des Romains.

Enfin, la construction du fameux Pont de St-Esprit, dans des temps postérieurs, prouve que ces communications n'ont jamais été interrompues. La nature elle-même semble s'être plu à désigner ce lieu comme le site nécessaire des relations les plus multipliées; car, de ce point, on découvre, les Alpes.

Hannon, n'aurait-il pas préféré un passage si fréquenté, et qui, vraisemblablement, lui fut indiqué par les Gaulois qui le conduisaient ?

Là aussi, il avait, des deux côtés, des bords unis et faciles qui n'offraient aucun obstacle au débarquement; devant lui, une plaine rase qui rendait toute surprise impossible.

C'est donc au St-Esprit qu'Hannon traversa le Rhône : de là, il n'avait que trois petites lieues pour arriver vers les hauteurs d'Orange, sur lesquelles, vraisemblablement, il donna les signaux convenus avec Hannibal dont le camp était presque en face, sur la rive droite.

Il est difficile de ne pas conclure, que le passage d'Hannibal s'est opéré entre le Pont St-Esprit et Roquemaure où se trouve le point qui est à une égale distance de la mer et de l'Isère.

Que l'ancien passage de Codolet remplit cette condition.

Qu'il offrait tous les avantages désirables pour l'entreprise.

Que c'est donc sur la terre de Codolet que ce passage a dû s'effectuer.

Publié dans Histoire de Codolet

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Oo° Kri °oO 28/09/2010 08:09



Merci pour cette page historico-géographique


J'en apprends des choses par les blogs .... et y en a qui disent que c'est du temps perdu! Oh que nenni!!