Le terrible hiver de 1709.

Publié le par Chevalier Brigand

Le terrible hiver de 1709.

Dans la nuit du 5 au 6 janvier 1709, le Royaume de France subit soudainement les vagues d’un froid terrible.

En l’espace de quelques heures, elles parcourent le territoire, enfouissant à midi toute la moitié nord sous la neige et le gel. Vers 16 heures, Avignon ressent les premières baisses de températures et le 7 janvier, les hautes pressions installent le froid sur tout le pays.
Dans ses mémoires, le duc de Saint Simon constatera :« L’hiver, comme je l’ai déjà remarqué, avoit été terrible, et tel que, de mémoire d’homme, on ne se souvenoit d’aucun qui en eût approché ».


anno1709


Soixante-dix ans après, Roucher, dans son poëme des " Mois ", décrivait les horreurs de l’hiver de 1709 dans des vers qui furent longtemps célèbres, et qui prouvent combien durable en avait été le souvenir.

 

Vieillards dont l’œil a vu ce siècle à son aurore,
Nestors français, sans doute il vous souvient encore

De ce neuvième hiver, de cet hiver affreux,

Qui fit à votre enfance un sort plus désastreux.



Janus avait rouvert les portes de l’année;

Et tandis que la France, aux autels prosternée,

Solennisait le jour où l’on vit autrefois

Le berceau de son Dieu révéré par des rois,

Tout à coup l’aquilon frappe de sa gelée



L’eau qui, des cieux naguère à grands flots écoulée,

Écumait et nageait sur la face des champs:

C’est une mer de glace; et ses angles tranchants,

Atteignant les forêts jusques à leurs racines,

Rivaux des feux du ciel, les couvrent de ruines;

Le chêne des ravins, tant de fois triomphant,

Le chêne vigoureux crie, éclate et se fend.

Ce roi de la forêt meurt. Avec lui, sans nombre,

Expirent les sujets que protégeait son ombre.



Brillante Occitanie, hélas! Encore tes rives

Pleurent l’honneur perdu de tes rameaux d’olives!

L’hiver s’irrite encore; sa farouche âpreté

Et du marbre et du roc brise la dureté:

Ouverts à longs éclats, ils quittent les montagnes,

Et, fracassés, rompus, roulent dans les campagnes.



L’oiseau meurt dans les airs, le cerf dans les forêts,

L’innocente perdrix au milieu des guérets;

Et la chèvre et l’agneau, qu’un même toit rassemble,

Bêlant plaintivement, y périssent ensemble;

Le taureau, le coursier, expirent sans secours:

Les fleuves, dont la glace a suspendu le cours,

La Dordogne et la Loire, et la Seine et le Rhône,

Et le Rhin si rapide et la vaste Garonne,

Redemandent en vain les enfants de leurs eaux.



L’homme faible et percé jusqu’au fond de ses os,

Près d’un foyer ardent croit tromper la froidure;

Hélas, rien n’adoucit les tourments qu’il endure.

L’impitoyable hiver le suit sous les lambris,

L’attaque à ses foyers, d’arbres entiers nourris;

Le surprend dans sa couche, à ses côtés se place,

L’assiège de frissons, le raidit et le glace..



Le règne du travail alors fut suspendu,

Alors dans les cités ne fut plus entendu,

Ni le bruit du marteau, ni le cri de la scie;

Les chars ne roulent plus sur la terre durcie:

Partout un long silence, image de la mort.

Thémis laisse tomber son glaive, et le remord

Venge seul la vertu de l’audace du crime.



Tout le courroux des Dieux vainement nous opprime,

Leurs temples sont déserts; ou si quelques mortels

Demandent que le vin coule encore aux autels,

Le vin, sous l’œil des dieux que le prêtre réclame,

S’épaissit et se glace à côté de la flamme…

Publié dans La Famille

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article